DE LA PEUR ET DU COURAGE

vendredi 2 septembre 2016

Cette semaine en a été une assez mouvementée pour moi, de plusieurs façons différentes. Comme beaucoup d’autres parents, j’ai vu mon rejeton entrer dans cette grande bâtisse de briques brunes avec son sac à dos presque-plus-gros-qu’elle, en route vers une nouvelle année scolaire avec tout ce qu’elle comporte de travail, d’apprentissage, d’émotions, d’amitiés qui se font, se défont puis se re-créent. Beaucoup beaucoup de bonheur pour une maman qui voit son enfant grandir mais également beaucoup de perplexité face aux lunchs (arghghghghghghg), aux brassées de vêtements que j’oublie de mettre dans la sécheuse et qui ne sont pas prêts à porter le matin, aux jongleries d’horaires et aux devoirs avec tous ces problèmes de mathématiques que j’ai moi-même beaucoup de difficulté à résoudre.

Cette semaine, j’ai aussi vécu un paquet d’émotions différentes reliées à mon travail, à l’écriture de mon roman, à l’amitié (une de mes meilleures amies est partie vivre aux États-Unis, pour de bon), à la création de nouvelles chansons, à l’acceptation d’un nouveau mandat professionnel, à la famille, bref, j’ai eu droit à une panoplie de sentiments qui se sont tous donné rendez-vous en même temps quelque part entre mon coeur et ma tête. Peu importe que ces émotions m’aient procuré une sensation de bien-être ou le contraire, elles se sont bien fait entendre.

Il y a eu des moments où j’ai eu peur. Pas peur pour ma vie ou peur comme le personnage d’un polar qui se fait pourchasser par un “méchant”, ou un lion, mais peur face à certaines décisions que j’ai eu à prendre. Peur de la nouveauté. Peur de ne pas faire le bon choix, peur de regretter, peur de me tromper, peur de l’impact ou des conséquences de certaines pensées, paroles ou gestes…Bref, peur.

On sait bien que la peur est le premier pas vers l’angoisse. Mhhhhmmmm….Que faire alors pour empêcher cette dernière de s’infiltrer dans notre esprit, lorsque la peur lui a déroulé un tapis rouge?

Pour moi, la première étape, c’est de reconnaître que j’ai peur.  Pas de mal à ça.  Que l’on soit un dur-à-cuire-gros-bras-gros-char-grosse-casquette ou bien un enfant, que l’on soit une femme d’affaires aguerrie ou un médecin, que l’on vienne d’une famille où l’on exprime ses émotions ou bien d’un environnement qui nous a appris à dire que oui-oui-tout-va-toujours-bien-on-est-pas-en-Syrie et à tasser les problèmes du revers de la main, à faire comme s’ils n’existaient pas ou à les fuir dans le travail, la fête ou les excuses,  la peur est naturelle, normale, saine, elle existe au même titre que la joie ou que la volonté, que l’humain dans son ensemble. Il n’y a pas de honte à avoir peur, il n’y a pas de mal non plus.

Ignorer la peur, c’est pire que de lui dire « allô ». Parce qu’une fois qu’on l’a « spottée » et qu’on l’a saluée, on peut l’interroger, la nommer, éventuellement comprendre d’où elle vient, et où elle cherche à nous mener, et pourquoi telle ou telle chose nous fait peur à nous et pas à un autre et vice-versa (on est tous différents, avec un passé différent, des schémas de pensée et des construits différents).

Une fois qu’on a fait connaissance avec notre peur, il est plus aisé de fermer la porte au nez à l’angoisse et de laisser entrer le courage. Sans mettre dehors la peur. Parce que oui, le courage travaille avec la peur. Il a besoin d’elle pour exister. Le courage, c’est d’apprendre à cohabiter avec la peur sans qu’elle ne nous marche totalement sur les pieds, sans qu’elle ne nous paralyse dans nos mouvements de vie. Chasser nos peurs ne sert à rien. Elles reviendront au galop, deux fois plus vite et avec beaucoup plus d’impact. Les ignorer non plus, cela équivaudrait à se mentir à soi-même et il n’y a rien de pire pour notre intégrité et notre estime de soi, même si on ne s’en rend pas compte immédiatement. Vaincre nos peurs ? C’est un gros défi. Ça prend du temps, du travail, et cela peut engendrer une perte d’estime de soi si nous ne sommes pas prêts à le faire ou si nous ne réussissons pas du premier coup. Alors, quelle est la solution ? Comme je l’ai dit plus haut, pour moi, c’est la cohabitation avec elle. Parce qu’à un moment donné, la peur en aura marre et se cassera d’elle-même, sans tambours ni trompettes. La peur finira par se liquéfier.

On entend souvent parler du courage comme d’un geste héroïque posé pour sauver autrui d’une situation extrême, qui implique la vie et la mort. Absolument. C’est extrêmement courageux de chercher à sauver la vie d’un autre, que le geste ait été posé sous le coup de l’adrénaline, de la générosité, ou sans même qu’il ait été réfléchi.

Mais le courage, c’est aussi de ne pas se juger soi-même lorsque quelque chose nous fait peur, c’est ne pas non plus laisser cette peur nous envahir totalement et empêcher la liberté de nos mouvements.

Il peut être vu comme une recherche d’équilibre et aussi comme l’acceptation de ne pas savoir ce que l’avenir nous réserve, peu importe les chemins que nous choisissons de prendre.

Il y a des milliers de petites choses qui demandent du courage parce qu’elles sont associées à la nouveauté: travailler des aspects de notre personnalité qui sont plus difficiles à gérer que d’autres, demander de l’aide lorsqu’une tâche dépasse nos capacités, être honnête envers soi-même et les autres, quitter un emploi qui nous rend malade, marcher au lieu de prendre la voiture,  exprimer ce que l’on ressent réellement et non pas ce que les autres ont envie d’entendre de nous, choisir de ne plus accepter certaines situations qui nous mettent mal à l’aise, essayer un nouveau sport, partir seul en voyage, peu importe!

Il ne faut pas être un héros pour faire preuve de courage. Le courage c’est aussi faire les choses pour soi, sans avoir besoin de gratification externe. C’est fermer les yeux un seul instant et se dire: “je suis fier de moi”. C’est accepter la présence de la peur et faire avec, ne pas la laisser nous paralyser mais plutôt la laisser vivre en nous jusqu’à ce qu’elle devienne fluide, à l’image de ce que la vie est fondamentalement.

florence

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