ÉLOGE DES VACANCES

mercredi 13 avril 2016

Je suis en vacances en ce moment. En fait, en semi-vacances, car j’ai une tournée de spectacles dans plusieurs villes de la Floride et quelques jours de congé entre deux séries de ces concerts. J’en ai profité pour concilier travail-famille, emmener ma fille avec moi et aller visiter mes cousins américains qui vivent dans le coin de Fort Lauderdale et de Miami.

Et l’ennui dans tout ça ?

Mon trajet en avion comprenait une connexion à New York. En transit à l’aéroport de La Guardia, j’ai eu un choc en constatant qu’une forêt de “Ipads” avait poussé dans le terminal. Sur chacun des sièges et chacune des tables de chacun des cafés ou restaurants des zones d’embarquement, ils ont installé des écrans avec des pubs, des menus, des jeux, du poker électronique… Tout pour s’assurer que personne ne laisse son cerveau à « off », ne serait-ce qu’une seule seconde et pour maximiser les possibilités de vendre quelque chose à quelqu’un. D’une certaine façon, c’est génial, c’est la technologie, c’est la sensation d’être constamment connecté… Mais de l’autre, cela ne nous empêche-t-il pas de mettre le cerveau à « off », même peut-être de toucher à l’ennui, qui est aussi une composante essentielle de la créativité? L’inspiration vient à nous lorsque nous lui faisons de la place… mais en maintenant nos esprits constamment occupés, ne lui enlevons-nous pas parfois le goût de venir à nous?

Les vacances et le corps

Déjà, deux jours après mon arrivée en Floride, même avec les répétitions, les rencontres avec les organisateurs des concerts, les balances de son et les shows, j’ai senti une différence notoire dans tout mon corps. Sommeil de rêve (littéralement), absence de ces douleurs chroniques que j’ai au dos et au poignet chaque fois que je suis trop stressée, respiration plus profonde, sourire automatique, idées beaucoup plus claires et démarche cent mille fois plus relaxe, entre autres. Bref, mon système nerveux est aux petits oiseaux. Il se détend enfin.

Même s’il ne s’agit que trois ou quatre petites journées où le temps n’a plus réellement d’importance, où il n’y a pas de rendez-vous ou de plan à respecter, d’endroits où aller, celles-ci ont des répercussions immensément positives sur l’ensemble de ma personne, me rappelant comme elles sont nécessaires, et plus souvent que pas assez.

J’aime mon travail. Il me passionne, il me nourrit, il m’encourage chaque jour à m’améliorer dans mon domaine, il est fait de pleins d’aspects aussi fascinants pour moi les uns que les autres: la création, la pratique, la recherche, le travail vocal, le travail scénique, les rencontres avec mes pairs, avec les médias, j’aime absolument tout de ce métier d’artiste. Mais lorsque notre passion devient notre travail et qu’on est constamment entouré de musique, il est important à un certain moment de se ressourcer ailleurs que dans celle-ci pour pouvoir justement y retourner avec plus de fraîcheur et d’entrain. C’est ce que l’écriture m’apporte en ce moment, entourée de ce vert gazon que nous n’avons pas vu depuis des mois chez nous, le chant des oiseaux et l’humidité de l’air qui caresse ma peau. Quatre petites journées qui vont faire un gros « reset » dans mon esprit et dans mon corps et me redonner le goût de continuer à bosser avec encore plus d’entrain.

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Avoir, faire et être

Mon milieu en est un de « workaholics ». J’ai vu ma mère chanteuse se démener toute sa vie, reléguant aux calendes grecques toute possibilité de vacances jusqu’à très récemment. Et mon amoureux ingénieur du son qui travaille jour et nuit dans son studio, avec cœur et passion, mais aussi parfois jusqu’au bord de l’épuisement. Lorsqu’on aime ardemment son métier, il est facile de s’y jeter corps et âme, car il nous procure tant de satisfaction, de sentiments d’accomplissement, de validation et de gratification personnelle. Il est facile aussi de se sentir coupable de décrocher complètement, de se dire qu’on n’a pas le droit de le faire, car on a la « chance unique » de gagner notre vie avec quelque chose qu’on aime.

Le juste milieu

Et c’est là que repose la distinction essentielle entre ces trois verbes qui nous définissent en tant qu’être humain dans la société occidentale moderne : faire, avoir, et être. Longtemps, je me définissais par « faire » et « avoir ». Avoir des projets, faire des études, faire des concerts, avoir des idées…Ce n’est que récemment que j’ai compris le bonheur d’être, tout simplement. Et même le bonheur de m’ennuyer…

…Un peu, mais pas trop quand même!!!!! :))

Après tout, l’oisiveté est la mère de tous les vices… Mais cela est un autre sujet dont il me fera plaisir de débattre prochainement… Ma conclusion finale sera donc la suivante, et s’applique à peu près à tous les domaines: vive le juste milieu !

florence

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