LES FAIBLESSES DE LA FORCE

jeudi 17 novembre 2016

Il y a deux semaines, un petit chiot est entré dans ma vie et dans celle de ma fille. Depuis, Manuka, une caniche toy de 11 semaines, est devenue pour nous une source de joie insoupçonnée. Ce qui est surtout merveilleux avec cette petite bête, c’est que je découvre un univers qui m’était à peu près inconnu auparavant. Enfant, j’avais eu un doberman, Folla, que j’adorais, et qui m’a accompagnée de mes six à mes quatorze ans. C’était mon chien, mon amie, mais c’étaient à mes parents qu’en était revenue l’éducation. Ce que je découvre aujourd’hui avec Manuka, c’est différent. C’est un compagnon, un toutou, mais aussi un nouveau petit être à élever.

Ce matin, Manuka, Alice, sa copine Frédérique et moi sommes donc allées au premier cours de socialisation de notre chien, tel que recommandé par mes amis et le vétérinaire, dans une jolie petite épicerie canine. S’y trouvaient également une toute mignonne labrador de trois mois et un pitbull femelle du même âge. Tant de choses que je ne savais pas à propos du comportement de nos petites bêtes m’ont été enseignées par notre entraîneur canin, le tout sous la gouverne du renforcement positif.

Deux mots essentiels, deux mots qui, ensemble, ont un potentiel énorme. Ainsi, en travaillant avec la gratification, on éloigne le besoin de la punition et des réprimandes à tout bout de champ. Lorsque j’étais petite, la plupart des chiens que je connaissais, y compris le mien, avaient ce fameux collier de métal qui se resserrait autour de leur cou lorsqu’ils tiraient la laisse trop fort ou qu’ils n’écoutaient pas. C’est ce qui était commun, surtout pour les gros chiens. On fonctionnait trop souvent par réprimandes plutôt que par félicitations. Puis, peu à peu, la méthode de renforcement positif a acquis de la popularité et a pris la place des méthodes d’éducation canine plus coercitives. Et, avec le renforcement positif sont arrivés… des résultats positifs chez nos toutous. Je viens d’en être témoin ce matin. Et de façon très concrète.

Cela me fait penser, à une autre échelle évidemment, à l’efficacité du renforcement positif dans nos relations interpersonnelles, d’humain à humain. Prenons par exemple l’éducation que nous fournissons à nos enfants. Oui, il faut leur enseigner la discipline. Leur dessiner un cadre et leur apprendre à ne pas en dépasser les limites. Il faut aussi leur expliquer pourquoi ces limites existent et pourquoi on ne les franchit pas. Leur faire développer des repères basés non pas seulement sur le « on a le droit » ou le « on a pas le droit » mais sur le « pourquoi on a le droit » et « pourquoi on n’a pas le droit ».

Oui, il faudra parfois les punir aussi. Mais la fermeté et la discipline n’ont rien à voir avec la coercition, l’agressivité, les cris, un rapport de pouvoir exagéré, les menaces ou le chantage, l’intimidation, l’obéissance par la peur, brefs de tous ces comportements que l’on pourrait mettre dans la catégorie de ce que l’on a tendance à appeler la « force ». Il est tellement plus facile de lever la voix ou, dans des cas extrêmes, mais malheureusement existants, le bras, que de surmonter notre exaspération du moment et de gérer la situation avec patience.

Même chose pour les conflits dans le couple ou au travail. Et à une échelle plus grande encore, pour tous ces politiciens qui travaillent de plus en plus à se faire respecter en instaurant chez leurs citoyens un régime de peur, surtout en faisant mousser chez eux la peur de l’autre?

La vraie force ne tiendrait-elle donc pas dans la patience, la collaboration, l’acceptation de l’autre, l’écoute, la compassion, le renforcement positif, et aussi une stricte fermeté à ses heures, mais sans agressivité, sans violence, sans le joug de la peur ?

Parce que la force qui utilise l’instauration d’un régime de peur, pour moi, elle est bourrée de faiblesses.

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