LA ROUE DES ÉMOTIONS

jeudi 14 juillet 2016

Les Eagles ont chanté “Take it Easy! Don’t let the sounds of your own wheels drive you crazy” (trad libre: prends ça cool, ne laisse pas les sons de tes propres roues te rendre fou”). On le sait bien! “Respire, relaxe, tourne ta langue sept fois dans ta bouche, prends ça cool, t’en fais pas, calme-toi”. C’est bien beau tout ça, mais pas si évident lorsque nos roues sont alimentées par l’éclosion d’une émotion intense!

L’équanimité, beau concept !

C’est tout un art que de savoir pratiquer l’équanimité (dont la signification est égalité d’humeur, sérénité, détachement…). Facile à dire!!!! Car il y a de ces moments où tout coule, tout glisse, tout plane, et où tout d’un coup, un évènement déclencheur, un geste, une phrase, une pensée survient et déclenche en nous un torrent d’émotions plus intenses les unes que les autres. On a chacun des émotions qui sont plus difficiles à traiter que d’autres. Pour certains, c’est la colère, pour d’autres, la tristesse, le sentiment de perte de contrôle ou encore la peur ou bien même les super high (et leur après-coup, les super-low).

Florence K

Petit repertoire des reactions émotionnelles

Il existe des dizaines et des dizaines de types de réactions à ce genre de secousses émotives. On a qu’à penser à ceux qui sacrent en hurlant sans break ni filtre, à ceux qui donnent un coup de poing dans le mur, à ceux qui vident tout leur surplus émotif sur leurs collègues de travail ou leurs compagnons de vie, à ceux qui réagissent en envoyant de manière impulsive des textos ou des courriels pourris, à ceux qui jettent le blâme de tous leurs problèmes sur les autres ou bien qui les retournent contre eux-même, déclenchant une série de pensées négatives à leur propre sujet menant parfois jusqu’à l’auto-destruction. Il y a ceux qui boudent. Il y a ceux qui passent à des actes violents sous le coup de l’émotion, qui pratiquent le chantage émotif ou les menaces. Il y a les madeleines (je fais définitivement partie de cette catégorie car mes glandes lacrymogènes sont directement reliées aux boutons de la colère, du stress, de la peur et de la tristesse). Puis, il y a ceux qui sont complètement détachés de leurs émotions, qui les mettent dans une boîte scellée au fin fond d’eux-même, ceux qui répriment, répriment et répriment, puis qui explosent, ou ceux qui réagissent de façon passive-aggressive. Il y a aussi ceux qui évitent ces émotions et leurs contre-coups en fuyant leur réalité, en s’enfonçant dans l’addiction (alcool, drogue, shopping, travail, relation amoureuse malsaine). Les émotions fortes peuvent être à l’origine de bien des belles choses (histoires d’amour extraordinaires, oeuvres d’art, chansons, romans, etc.) mais peuvent également avoir un impact négatif sur celui qui la ressent et celui qui se trouve dans son environnement au moment où elles surgissent.

Les faibles et les forts?

Bien longtemps, on a associé la sensibilité à la faiblesse. De nos jours, je crois que nous sommes rendus ailleurs dans notre mentalité. Mais encore, on pense trop souvent à tort que celui qui gueule est fort et que celui qui pleure est faible. La sensibilité n’est pas une question de force ou de faiblesse et celui qui gueule le fait probablement parce qu’il est à fleur de peau. Après, c’est une question de langage. Et personnellement, celui qui gueule à outrance ou qui fait usage d’agressivité envers les autres pour se défouler ne provoque chez moi aucune admiration. Bien au contraire. L’important, je crois, est de savoir minimiser les conséquences néfastes pour autrui de ce qu’une émotion intense nous fait ressentir.

Mais il ne sert à rien de chercher à ne pas ressentir ce que l’on ressent. “Être zen” peut même parfois être confondu avec la répression de nos émotions. Et réprimer ne fait qu’empirer la chose à long terme, allant parfois jusqu’à la création d’un conflit interne et d’un mensonge perpétuel envers soi-même. Cela peut même éventuellement mener à une angoisse profonde, voire à de l’anxiété ou à un état dépressif.

La nature des émotions

Les émotions sont naturelles. Elles montent en nous comme un arbre pousse lorsque les conditions autour de ses racines sont favorables. Elles ont besoin d’espace pour faire leur bout de chemin. Le pourquoi de la naissance de ces émotions est une autre question. Si nous ressentons telle ou telle chose lorsque tel ou tel évènement se produit, c’est à cause d’un paquet de facteurs bio-psycho-sociaux extrêmement subjectifs. Mais il existe des dénominateurs communs, comme la perte, la rupture, le conflit amoureux, l’impression d’avoir subit un échec ou la trahison, qui provoqueront généralement tristesse, colère, jalousie ou perte d’estime de soi. On peut apprendre à leur laisser l’espace nécessaire à leur existence sans qu’elles ne pourissent notre vie.

On peut commencer par tout simplement prendre conscience de la façon dont on réagit et l’observer avec de la perspective. Répertorier les patterns qui reviennent plus souvent et décider de transformer ceux qui sont nuisibles. Certain l’ont naturellement, d’autres auront besoin d’un peu plus de travail et d’aide pour y parvenir. Et c’est correct. Car si l’on y pense, combien de guerres et de crimes auraient pu être évités si leurs auteurs savaient canaliser leur surplus ailleurs ou faire diminuer la violence de l’émotion qu’ils ressentaient au moment des faits ?

Sans les émotions, nous n’aurions probablement pas connu les plus grandes oeuvres d’art et de musique qui habitent notre Histoire. Et c’est pourquoi les émotions sont un grand mystère qui vit en chacun de nous et qui fait avancer la vie, parfois dans le mauvais sens, mais bien souvent, heureusement, dans le bon. En effet, c’est parce que la roue des émotions humaines contient aussi l’amour, l’espoir, la joie, et la compassion que le monde peut continuer de tourner.

florence

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