LES LIMITES DU BIEN-ÊTRE

jeudi 28 avril 2016

La yogaholique

Je l’ai vécue, je l’ai racontée en long et en large, je l’ai écrite, j’en ai parlé, je l’ai analysée, je l’ai étudiée, je l’ai assumée, puis enfin rangée dans le tiroir “passé”. La dépression. Par contre, dans mon livre, j’ai moins parlé du “après”. De ces quatre années qui ont suivi la tornade et surtout des deux premières que j’ai quasiment entièrement consacré à apprendre l’art du “bonheur”, afin de me tenir éternellement loin du cancer de l’esprit qui avait bien failli bouffer toute ma tête.

J’ai donc amorcé, quelques mois après être sortie de l’hôpital, une sorte de quête du bien-être qui a pris le chemin de dizaines de lectures, d’études en psycho, d’une formation de 300h de professeure de yoga, de bénévolat, de méditation, de végétarisme, d’ayurvéda, de jogging à n’en plus finir, de simplicité volontaire, de techniques de respiration, etc. J’espérais obtenir, avec l’acquisition de tous ces outils provenant de diverses écoles du bien-être, la clef pour être bien avec moi-même en toute occasion.

Alors? Est-ce que tout ce temps, ce travail, ces dollars investis dans le bien-être en ont valu la peine? En partie, fort probablement, car à travers tout cela, j’ai déniché ce qui me convenait et aujourd’hui, oui, je suis bien. Très bien même. Mieux que jamais, mieux qu’avant ma dépression.

Mais il y a le temps aussi. Il y a la relativisation, la patience, l’âge, la sensation de grandir, et la psychothérapie (avec une professionnelle accréditée de la santé mentale) qui m’a permis de défaire des tas de nœuds. Il y a les gens que je fréquente et ce que j’apprends d’eux, mon amoureux, mes amis, il y a cette passion de l’écriture qui est née de mon expérience de la maladie mentale, il y a la musique qui est revenue vers moi peu à peu, après des mois à ne plus vouloir ni en faire ni en écouter. Il y a aussi l’équilibre.

Overdose de bien-être

Il y a un an, j’ai complètement craqué quand je me suis rendue compte que malgré la quantité astronomique de salutations au soleil que je faisais par jour, malgré mes “smoothies heureux”, ma bouffe sans gluten et sans viande et tous mes kilomètres de course hebdomadaire, je cherchais toujours ce quelque chose que je ne trouvais pas. Alors j’ai arrêté de chercher. J’ai arrêté de faire en sorte que mon bonheur et mon “bien-être” dépende de ma quête vers celui-ci, du yoga, de la course et de mon alimentation. Y participer, oui. Mais en dépendre, non. J’étais devenue uneyogaholique.

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Or, quand on culpabilise parce qu’on saute trois jours de yoga ou deux jours de course, ou qu’on est malheureux à mort parce qu’on a mangé du blé et du bouillon fait à base de poulet, ou qu’on a craqué sur des chips sel et vinaigre, on n’est pas plus avancé, non?

Le bien-être doit se tenir loin de la culpabilité. S’ils se prennent la main, quelque chose ne tourne pas rond!

Comme une paire de jeans

Alors, c’est quoi la solution, le “secret”, la clef, la “vérité” sur le bien-être ? Je n’ai pas trouvé de réponse absolue à cette question. Le bien-être, c’est comme une paire de jeans, à chacun de trouver le style qui lui convient. C’est un travail personnel de le dénicher, et parfois, il vient et il part, il se transforme, il revient, il nous retrouve, il nous embrasse et nous quitte à nouveau, mais pour mieux revenir… L’impermanence des choses, la vie en mouvement… Alors la réponse que je me suis faite, c’est la suivante, ce n’est pas compliqué, et c’est à ça qu’aujourd’hui j’essaie de faire rimer ma vie le plus possible: le juste milieu!

Bien manger (sans frôler l’orthorexie, qui est également un trouble alimentaire, au même titre que l’anorexie ou la boulimie), bien dormir, bouger (sans nécessairement s’imposer de se rendre au demi-marathon ou se mettre la pression de pratiquer son yoga chaque jour pendant 90 minutes et s’en vouloir si on n’y arrive pas car il y a quand même le reste aussi).

La vie quotidienne occidentale est très différente de celle que l’on vit dans un ashram. Le clash est immense. À moins de vivre en perpétuelle retraite de yoga, il faut apprendre à adapter ce qui nous fait du bien à notre réalité. La morale de cette histoire: se tenir loin de la culpabilité, et se rappeler que le bien-être, avant d’être un mode de vie, une mode ou une industrie, est une relation de compassion entre soi et soi-même.

florence

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