PLUS GRAND QUE L’HOMME

mercredi 6 avril 2016

L’Homme et l’immensité

Ce soir, j’ai un concert à Largo, en Floride. Il y a de gros orages depuis ce matin, mais je suis heureuse d’être ici. Dans le taxi qui me mène à l’hôtel, le chauffeur engage la conversation.

– Ah! Too bad it’s such a bad weather today! So much rain! No matter if you believe in God or Not, it’s certain something greater than men exists. (Quel mauvais temps aujourd’hui! Que l’on croie ou non en Dieu, c’est certain que quelque chose de plus grand que l’homme existe).

Je ferme les yeux. L’orage et ses innombrables éclairs font rage dans le ciel. Le constat du chauffeur est tout à fait à propos. La nature sera à tout jamais plus grande que nous, que l’on y voie une entité divine s’y dessiner à l’horizon ou pas.

Depuis la nuit des temps, l’homo sapiens, communément appelé l’humain, est fasciné par sa condition d’être vivant mortel. Que faisons-nous ici? Pourquoi? Comment? Quoi? Et surtout, que se passe-t-il après?

Les dieux et les divinités se succèdent depuis les premiers pas de l’Homme, offrant des possibilités de réponses à tous ces mystères qui entourent notre existence et donnent aussi à notre espèce la sensation que quelqu’un, quelque part, l’écoute et lui accorde une importance particulière.

Même si aujourd’hui la science apporte de plus en plus de réponses aux questions existentielles qui habitent l’Homme depuis ses premiers pas, la nécessité pour notre espèce de sentir qu’il y a quelque chose d’infiniment plus grand qu’elle est toujours belle et bien présente.

Sauf que l’Homme qui sait si bien se faire tout petit face à l’immensité de l’univers ou des divinités qu’il adore se contredit en agissant comme s’il était plus grand que tout le reste. En effet, l’attitude de notre espèce face à l’environnement qui l’accueille et la nourrit mène peu à peu la nature à une dégradation qui se situera bientôt à un point de non-retour. Et pourtant, la nature est non seulement plus grande que nous tous, mais présente et concrète, bien vivante, partout où nous regardons.

PLUS GRAND QUE L’HOMME

En ai-je vraiment besoin?

Les civilisations développées par le Sapiens depuis des millénaires sont peut-être géniales, fascinantes et en constante évolution, mais la nature aura toujours le dernier mot. Pompéi en est la preuve flagrante. Sauf que, de plus en plus, c’est à la lente éruption d’un Vésuve d’origine humaine que nous assistons. Sa lave coule sur nous une goutte à la fois. Et, contrairement aux Pompéiens de l’époque, nous n’assistons pas “impuissants” à la chose. Nous avons encore une chance de pouvoir changer les choses.

Les besoins de notre société sont trop grands par rapport à ce que la nature est capable de nous fournir. Nous le voyons et le lisons partout : calotte de l’Arctique, changements climatiques, îles de plastique, espèces qui s’éteignent. Mais nous ne nous sentons pas encore assez concernés pour que nous prenions avec urgence les grands moyens. Nos arrières-petits-enfants eux, par contre, n’auront d’autre choix.

La société est déjà allée beaucoup trop loin en proposant à l’humain une zone de confort à laquelle très peu d’entre nous seraient prêts à renoncer, au nom de la survie future de notre espèce et surtout des autres espèces (Après tout, qui se préoccupe réellement plus du sort des tortues marines que de celui de ses placements?).

Loin de moi ici l’idée de faire la morale aux autres, je suis dans le même bateau que tout le monde, je jouis également du confort que me procure la civilisation moderne. Le pantalon que je porte en ce moment a probablement été fait en Chine, importé dans un de ces centaines de conteneurs qui transportent toutes les bébelles dont plus personne ne peut se passer, polluant nos océans au passage. (Juste un instant, je vérifie, Et oui!!! Fiou!!! Par chance, il paraît que les conditions de travail y sont moins dures qu’au Bangladesh…-sarcasme, soit dit en passant). Le Mac sur lequel j’écris ce texte est bourré de composantes informatiques toxiques, et je viens de me mettre du vernis à ongles, tout aussi toxique pour mes ongles que pour l’environnement, j’imagine. J’ai pris l’avion hier et j’utilise un peu trop ma voiture à mon goût. J’ai aussi acheté deux bouteilles d’eau en plastique aujourd’hui.

Mais la culpabilisation est un sentiment malsain et ne mène souvent à rien, sauf à la stagnation et à la rumination. C’est au niveau de la conscientisation qu’il faut travailler. Observer nos comportements de loin et regarder s’il y en a que l’on pourrait changer, un tantinet soit-il.

Et afin de voir le tout de manière positive, je crois que la première étape d’un changement global dans nos habitudes de consommation se résume en une simple petite question : « En ai-je vraiment besoin? » Et parfois, la réponse tient tout simplement dans notre capacité à dénicher notre plaisir et notre joie dans l’intangible, dans ce que nous avons déjà, dans les moments, dans nos relations avec les autres et avec soi-même, dans notre rapport avec la nature, et surtout, avec un peu moins de “choses” que ce à quoi les dernières décennies nous ont habitués. Le fait de consommer apporte du plaisir et de la joie, certes, mais une fois passée cette satisfaction momentanée, qu’en est-il de notre bonheur?

Les racines du bien-être

Nous sommes nés de la nature, nous survivrons grâce à elle. Au-delà de l’intelligence de l’Homme qui nous a permis de bâtir des villes, d’éclairer nos maisons, de soigner des cancers, de parler à des êtres aimés habitant à l’autre bout de la planète, de diffuser des matchs de soccer, celui-ci ne peut plus se permettre de vivre dans le déni. Car le déni a beau repousser les bobos du revers de la main, la vérité demeurera toujours là, cachée sous les millions d’excuses que nous nous construisons pour continuer à nier son existence. Le simple fait d’être conscient de la réalité et de faire chaque jour du mieux que l’on peut dans les circonstances données peut amener beaucoup de changements.

Notre bien-être n’a pas besoin de grand “chose” pour exister. Mais il a certainement besoin d’un environnement sain partout où il puise ses racines: dans nos pensées, dans nos paroles, dans nos gestes et dans la nature qui nous berce et qui nous nourrit.

florence

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