Le secret de Noël

dimanche 24 décembre 2017

Nous sommes à Montréal, en l’an 2063. Dans un coin du salon trônait une grande et robuste horloge grand-père. Le tic-tac de ses aiguilles retentissait jusqu’aux quatre coins de la pièce et martelait de son tempo le crépitement du feu dans la cheminée.

Louise, Solange, Simon et Clara étaient assis au pied du sapin, un chocolat chaud à la main, un immense sourire aux lèvres. Grand-mère Juliette posa au sol un plateau de bonshommes de pain d’épice, tout frais sortis du four, puis s’installa confortablement sur sa chaise berçante, sa tasse de café à la main, et invita les enfants à s’approcher d’elle. Ceux-ci frétillèrent de joie à l’idée de ce qui allait suivre, le moment tant attendu : l’histoire de grand-mère Juliette.

– Mes chers petits, cette année, l’histoire que je vous raconterai n’en est pas une inventée. Cette année, vos parents et moi avons décidé que vous étiez assez grands pour que je vous raconte l’histoire de la Révolution du père Noël.

Les quatre paires de petits yeux s’écarquillèrent. Juliette enchaîna.

– Écoutez bien. Il y a de cela bien longtemps, en 2017, quand votre Mamie Juju avait tout juste 34 ans, le monde tel que vous le connaissez aujourd’hui était bien différent.

Les enfants, au pied de la chaise berçante, se rapprochèrent encore plus de leur grand-mère.

– Il était comment le monde, Mamie Juju, en 2017 alors  ?

– Oh  ! Il y avait beaucoup de belles choses. La science et la technologie s’étaient développées à un niveau sans précédent, on avait accès à une quantité incroyable de gadgets et d’objets qui pouvaient faciliter notre vie. Il y avait un beau mouvement de progression.

– C’est quoi « progression », Mamie Juju  ?

– C’est un mouvement, ma belle Louise. C’est quand on sent que les choses avancent. Mais cette progression avait un prix…

Les enfants s’exclamèrent en chœur…

– Un prix  ?

– Oui. Notre Terre s’étiolait. Il fallait beaucoup de ressources pour que tous ces beaux objets si pratiques et si amusants puissent être fabriqués, puis emballés, puis livrés, puis consommés. Plus on progressait, plus notre environnement régressait… reculait… Il restait des endroits où l’on ne voulait pas voir ces choses, où l’on pensait que certains avaient un droit acquis et éternel sur notre environnement et même sur d’autres personnes. Dans certaines parties du monde, il y avait des enfants de votre âge qui travaillaient dans des mines, dans des usines et qui ne pouvaient pas aller à l’école. Et ailleurs, la haine faisait des ravages, on tuait des gens parce qu’ils étaient différents de soi ou parce qu’ils croyaient à des dieux différents. Il y avait de grandes famines, de grandes guerres, des déséquilibres incroyables… Et c’était comme ça depuis longtemps. Chaque fois que les choses commençaient à changer et qu’il y avait de l’espoir, peu à peu, la nature humaine reprenait le dessus et on oubliait les erreurs que le passé nous avait enseignées, puisqu’on les répétait constamment.

– Oh  !

– Et notre belle planète nous envoyait toutes sortes de signaux d’alarme. Des espèces entières d’animaux disparaissaient, la planète se réchauffait, les forêts s’amenuisaient, et le plastique, matière qui a été interdite partout dans le monde en 2048 lors de l’Acte du changement global, était déversé dans les océans et formait des îlots, on en retrouvait même dans l’estomac des animaux marins, et ceux-ci en mouraient…

– Mais c’est horrible, Mamie ! Et personne ne faisait rien, Mamie Juju  ?

– Si, si, quand même, il y avait beaucoup de bonne volonté de la part de bien des gens, et beaucoup essayaient de trouver des solutions, mais pas assez et pas assez rapidement. Il y avait une grande urgence d’agir mais beaucoup refusaient de voir la réalité, car elle était bien entendu fort déplaisante.

– Et puis, que s’est-il passé alors  ?

– C’est arrivé lors de la nuit du 24 au 25 décembre 2017. Le père Noël, cette année-là, en a eu marre. Lui, il voyait tout de son pôle Nord. Et il était en désaccord profond avec la façon dont beaucoup d’entre nous agissions, comme s’il n’y avait pas de lendemain, comme si nous étions les plus importants de notre planète, comme si c’était légitime de nous construire des fortunes sur le dos des autres et sur le dos de notre Terre, creusant sans fin le fossé qui contribuait au grand déséquilibre. Alors, cette nuit-là, il a donné congé à tous ses lutins, il a pris son traîneau, avec son fidèle Rudolf, et il a commencé sa ronde de Noël. Dans son traîneau, pour la toute première fois de son existence, il n’y avait pas de cadeaux. Cependant, le père Noël avait bien pris soin d’accrocher à sa ceinture un petit sac contenant de la poussière d’étoiles.

– Wow  ! De la poussière d’étoiles !

– Cette nuit-là, le père Noël passa chez tous les habitants de la planète. Absolument tous, sans exception. Sans tenir compte du lieu où ils vivaient, de leurs croyances, de leurs revenus, de leur passé, du fait qu’ils avaient été sages ou non. Et avec sa poussière d’étoiles, il inscrivit sur les fenêtres de chacun d’entre eux la chose suivante : « Cette année, pour Noël, je vous offre le plus beau et le plus grand cadeau de tous les temps. Je vous divulgue le secret de Noël. Sortez et regardez vers le ciel. »

Le père Noël avait saupoudré le ciel de sa poussière d’étoiles de manière à ce qu’elle trace la phrase suivante : « Les gestes qui comptent réellement, ceux qui guériront le monde, ne sont guère les gestes que vous posez lors du temps des Fêtes, mais plutôt les gestes du temps des Fêtes que vous posez à longueur d’année. »

Puis, plus bas, dans le ciel, au niveau de la ligne d’horizon, les nuages se formèrent agilement de manière à écrire la chose suivante :

« Agissez avec bienveillance et compassion auprès de tous et de tout, en tout temps, et de vous-mêmes aussi, et vous verrez que la haine s’effacera peu à peu de notre monde, que la Terre se rétablira progressivement des blessures que vous lui avez infligées, et que le progrès pourra réellement en être un, puisqu’il ne sera plus accompagné de régression. »

Et, mes enfants, devinez quoi  ! Peut-être parce que tout le monde avait pu lire ces phrases dans le ciel et qu’il n’y avait plus de doute possible sur l’apparition de ce miracle, ou peut-être parce que ces mots, venant de la plume magique du père Noël, avaient plus d’impact que lorsqu’ils venaient de la bouche de simples mortels, dès le matin du 25 décembre 2017, tous les humains commencèrent à être plus bienveillants dans leurs actions et dans leurs discours.

C’est ainsi qu’un geste à la fois, la bonté et la compassion réussirent à changer le monde. Dès 2018, on sentit une différence notoire dans le comportement humain. Les gens commencèrent à prendre goût à cette nouvelle façon d’être et de faire généralisée et la bienveillance se multiplia de jour en jour. C’est pourquoi je suis encore ici aujourd’hui pour vous raconter cette histoire, et surtout, c’est pourquoi le monde que vous connaissez, mes chers petits-enfants, en est un où l’utopie d’un monde meilleur est devenue la réalité.

Mamie Juju vous adore mes petits. Maintenant, c’est l’heure du dodo, le père Noël va bientôt passer pour inscrire à nouveau dans le ciel ses mots magiques, avec à sa poussière d’étoiles. Pour nous rappeler la Révolution de Noël 2017 et pour que nous nous souvenions de ce qui a sauvé le monde.

Source: LaPresse

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