Semaine de la santé mentale: le trouble d’abus de substances chez les musiciens et les artistes de scène

mercredi 9 mai 2018

Nous sommes en plein coeur de la semaine de la santé mentale et chaque jour, en travaillant ensemble pour enrayer la stigmatisation des troubles de santé mentale, nous faisons un pas de plus vers une société plus compréhensive et éduquée face à ce sujet. Cette semaine, elle est vraiment importante. Demain, je serai à Toronto avec le Unison Benevolent Fund pour parler aux professionnels du milieu de la musique de l’importance de la santé mentale lors de la Canadian Music Week. Comme de plus en plus d’histoires de troubles de santé mentale (dépression, anxiété, bipolarité, dépendance à la drogue au à l’alcool…) font surface en ce moment dans notre industrie tout comme les autres milieu de travail, j’ai pensé partager avec vous cet essai que j’ai écrit l’année dernière et qui porte justement sur le sujet et que j’ai présenté comme travail final lors de mon certificat en psychologie. Le voici. En espérant qu’il suscitera une réflexion dans le milieu de la musique et dans la façon dont nous percevons notre métier.

« Sexe, drogues et Rock n’Roll ». Ces trois mots sont souvent employés côte-à-côte depuis l’avènement de la musique populaire au milieu du siècle dernier. Longtemps associés à l’image glamour que traîne la gloire des artistes et des musiciens qui atteignent le vedettariat, le trouble d’utilisation de substances fait cependant partie d’une réalité qui est tout sauf glamour, celle de la dépendance. Les médias diffusent sans arrêt des histoires de musiciens et d’artistes qui entrent et sortent de centres de désintoxication, et transmettent malheureusement assez souvent la nouvelle de la mort par suicide ou surdose d’un musicien ou d’un chanteur connu. Or, cela n’est pas nouveau. Au XIXe siècle, la mélancolie et la passion s’inscrivaient dans le courant artistique romantique. La consommation d’alcool et d’opiacés les accompagnaient, ainsi que la projection d’une image d’artiste tourmenté et incompris qui doit faire face l’incertitude de son quotidien, l’image d’une vie de bohème et de poète maudit.

Ce mythe s’est prolongé jusqu’à aujourd’hui, que ce soit à travers les années du jazz be-bop, les années Woodstock, des courants punk, grunge et hip-hop. Malheureusement, de nombreux musiciens extrêmement talentueux, célèbres ou pas, ont succombé d’une façon ou d’une autre aux conséquences de leur trouble d’utilisation de substances ou en ont gardé de graves séquelles.

La liste est longue. Nous n’avons qu’à penser au fameux « Club des 27 », terme désignant ces artistes mythiques qui sont morts par suicide, overdose ou conséquences d’un trouble d’utilisation de substance, à l’âge de vingt-sept ans, et qui comprend Kurt Cobain, Amy Winehouse, Jim Morrisson, Janis Joplin et Jimmy Hendrix. Nous n’avons qu’à penser aux artistes jazz comme Miles Davis, Chet Baker ou Billie Holiday qui ont connu de graves problèmes de drogues, ou aux récents suicides de Chester Bennington, de Chris Cornell et d’Avicii qui avaient auparavant traversé un trouble d’utilisation de substances, aux décès de Whitney Houston, de Dalida ou de Prince.

Ceci peut nous amener à nous interroger à savoir si le fait d’évoluer dans le milieu professionnel musical est un facteur de risque au trouble d’utilisation de substances. De plus en plus d’études nous laissent croire qu’il existerait un lien entre la créativité et la maladie mentale, confirmant jusqu’à un certain point le mythe du « génie fou » (Sussman, 2007). Mais jusqu’à quel point la drogue ou l’alcool en soi sont-ils perçus par ceux qui les consomment comme étant des vecteurs de créativité?

C’est sur ce sujet que je me pencherai dans ce travail, et plus spécifiquement sur la problématique suivante : les musiciens et le trouble d’utilisation de substances des années 1950 à aujourd’hui.

Nous examinerons tout d’abord ce qu’est le trouble d’utilisation de substance, la façon dont il a été perçu à travers le temps, et sa place dans la société d’aujourd’hui. Puis, nous observerons les phénomènes de la dépendance physique, de la dépendance psychique puis les facteurs sociaux et psychologiques qui peuvent être à l’origine de celles-ci. En troisième lieu, nous ferons un survol chronologique de courants musicaux qui ont fortement été associé à la consommation de d’alcool et de drogue et avant de conclure, nous nous pencherons sur la façon dont l’alcool et la drogue ont longtemps été perçus en relation avec la créativité.

Qu’est-ce que le trouble d’utilisation de substance?

En 2013, le trouble d’utilisation de substance a remplacé en les combinant les anciens diagnostics d’abus de substance et de dépendance à une substance dans le DSM-V. Ce trouble se retrouve dans le chapitre intitulé Troubles reliés à une substance et troubles addictifs du DSM-V et est défini comme « un mode d’utilisation inadapté d’une substance conduisant à une altération du fonctionnement ou à une souffrance, cliniquement significative. » Le DSM va plus loin, en agrémentant sa définition de plusieurs critères dont la réponse positive à deux d’entre eux seulement, sur une période de douze mois, est suffisante pour détecter un comportement addictif. Parmi ces critères, l’on retrouve entre autres « le désir persistant ou des efforts infructueux pour diminuer ou contrôler l’utilisation de cette substance, l’utilisation de la substance malgré des problèmes interpersonnels ou sociaux, persistants ou récurrents, causés ou exacerbés par les effets de la substance, l’existence d’un cravingou l’envie intense de consommer la substance, et la prise de la substance en quantité plus importante ou pendant une période plus prolongée que prévu. »

Le trouble d’abus d’utilisation de substance se différencie aux troubles de comportements addictifs qui eux peuvent désigner l’addiction à un comportement tel que le jeu ou Internet, par exemple. (Alavi et Al., 2012)

Le trouble d’utilisation de substance à travers le temps

Le trouble d’utilisation de substance a longtemps été perçu comme un comportement de faiblesse, comme un choix résultant d’un manque de force morale plutôt que comme une maladie ayant pour origines des facteurs génétiques, psychosociaux et environnementaux. Par exemple, au dix-septième siècle, l’alcoolisme était expliqué entre autres par le « modèle moral de l’addiction ». (Ogden, 2011). Effectivement, bien que l’alcool fût alors perçu par la société comme faisant partie de la vie de tous les jours et étant plus nutritif que l’eau, l’on considérait que l’excès de sa consommation était une décision immorale qui était sous la responsabilité de l’individu et qui méritait d’être sanctionnée, punie plutôt que traitée. Puis, deux siècles plus tard, à l’aube de la période américaine de la Prohibition, la perspective générale de la société par rapport à l’alcool a changé. On voyait désormais celui-ci comme une substance destructrice qui faisait de ses consommateurs des victimes. Cette façon de percevoir l’alcool est à l’origine du modèle biomédical de l’addiction dans lequel la maladie a pour origine la substance-même. Puis, au vingtième siècle, cette approche a laissé place à un modèle selon lequel l’alcool-même n’était plus la source de la maladie mais que l’addiction à cette substance était en réalité un symptôme de cette dite maladie et que ceux qui en souffraient nécessitaient un traitement et du support. Plus récemment, au tournant des années soixante-dix, la théorie de l’apprentissage social a mis en lumière la possibilité que l’addiction à l’alcool soit le résultat d’une interaction entre l’individu et son milieu, soit un comportement acquis. C’est à ce moment-là que l’on remplaça le terme « addiction » par celui de « comportement addictif »(Ogden, 2011).

Aujourd’hui, le trouble d’utilisation de substance est toujours perçu comme une maladie qui a pour origine une multitude de facteurs possibles dont le développement de la personnalité chez l’individu, les échanges qu’il a et qu’il a eu avec son environnement depuis sa venue au monde, une prédisposition biogénétique et le taux d’exposition aux substances addictives. Il est considéré par les spécialistes qu’il n’y a pas de cure finale à cette maladie, mais plutôt une possibilité de traitement et de rémission basée sur un processus et un suivi individuel, de cas par cas. (Ogden,2011)

Le trouble d’utilisation de substance et notre société

Les troubles liés à l’utilisation de substances ont malheureusement des conséquences négatives notoires dans la vie des individus qui en souffrent, de leur entourage et de la société. Outre les dommages sur la santé physique et la santé psychologique de ceux qui souffrent de troubles liés à l’utilisation de substances, il existe un lien entre criminalité et abus de substances. L’étude « Les drogues, l’alcool et la criminalité : profil des détenus fédéraux canadiens » (Brochu et al., 2001) a mené à la conclusion que la moitié des détenus interrogés étaient sous influence d’alcool, de drogues ou des deux la journée du crime qu’ils ont commis. Il apparaîtrait également que le lien entre abus de substances et criminalité se traduit de plusieurs manières. En premier lieu, l’intoxication d’un individu par un psychotrope ou par l’alcool joue un rôle sur les fonctions cognitives et peut aller jusqu’à modifier son comportement vers une désinhibition, en augmentant son agressivité, en diminuant son contrôle et en laissant la voie ouverte à ses pulsions. Et, il existe un lien notoire de nature économico-compulsive entre l’abus de substances et la criminalité, en ce que l’individu a une pression énorme de trouver ou de faire de l’argent rapidement pour continuer à financer l’utilisation de substances (Brochu,et al., 2001)

Selon l’« Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes » réalisée en 2012 par Statistiques Canada, les résultats suivants ont été observés chez la population de 15 ans et plus : 4,7% des hommes et 1,7% des femmes souffriraient de dépendance à l’alcool comparativement à 1,9% des hommes et 0.7% des femmes qui souffrent d’une dépendance au cannabis et à 0.9% des hommes et 0.5% des femmes qui souffrent d’une dépendance à d’autres drogues.

Ce qui ressort en premier lieu de ces chiffres, c’est que ce sont les hommes qui sont le plus à risque de développer un trouble lié à l’utilisation de substances et, en deuxième lieu, ces chiffrent montrent que l’alcool est le plus sujet à être au cœur d’un trouble lié à l’utilisation de substances. C’est un fait qui est également relevé dans l’étude citée précédemment « Les drogues, l’alcool et la criminalité : profil des détenus fédéraux canadiens » qui conclue que c’est la consommation d’alcool qui est la plus fréquente parmi les sujets interrogés et que c’est l’alcool qui mène aux crimes les plus violents.

QU’EST CE QUE LA DÉPENDANCE?

A. La dépendance physiologique

1) L’addiction et le cerveau

L’une des caractéristiques du trouble d’abus de substance est la dépendance chimique qui se crée dans le cerveau. De nombreuses recherches cliniques se sont penchées sur celle-ci et en sont venues à la conclusion que l’exposition à certaines substances, comme la morphine, ne serait-ce qu’une seule et unique fois, suffit à déclencher des changements notoires au cerveau, affectant la mémoire et pouvant générer un processus d’apprentissage pathologique menant au besoin d’être exposé à nouveau à cette dite substance. Lorsqu’il y a une utilisation excessive de la substance, le système de réponse au stress est affecté et peut mener à un cycle répétitif compulsif pour obtenir l’effet initial ou pour empêcher l’effet de retrait (Angres & Bettinardi-Angres, 2008). Ce comportement est un cercle vicieux qui est souvent renforcé par un autre des aspects psychologiques de l’addiction, le déni, un mécanisme de défense complexe qui empêche l’individu sujet à un trouble d’abus de substance de reconnaître sa maladie. Or, cette reconnaissance est essentielle à la recherche d’un traitement à l’abus de substances. Le déni est quant à lui renforcé par la puissante sensation de gratification obtenue suite à la consommation de substances, et aux dommages générés par celle-ci sur la motivation, la mémoire, l’apprentissage et le processus décisionnel.

Le circuit de la récompense et le rôle de la dopamine

En 1954, les chercheurs James Olds et Peter Milner ont découvert de façon accidentelle l’existence d’un circuit de la récompense dans le cerveau. En laboratoire, ces deux scientifiques travaillaient sur la capacité des rats à traverser des labyrinthes lorsqu’ils ont observé que les rats aimaient particulièrement s’appuyer sur des leviers qui généraient une petite décharge électrique et qu’ils pouvaient aller jusqu’à le faire des milliers de fois par heure. En effectuant la même expérience sur des humains et ont obtenus des résultats similaires : la raison pour laquelle les animaux et l’espèce humaine s’engagent dans des comportements qui n’ont pas pour objectif leur survie ou la survie de leur espèce serait la stimulation cérébrale d’un circuit neurologique de récompense, qui est également à la source de la sensation de plaisir. C’est pour cela que le circuit de récompense a été communément appelé « centre du plaisir » du cerveau.

Durant les deux décennies suivantes, les recherches approfondies sur le circuit de la récompense ont permis de découvrir que la dopamine, une substance chimique organique, y jouait un rôle primordial. La dopamine est un neurotransmetteur produit par les neurones afin de transmettre des signaux à d’autres cellules nerveuses à travers les synapses qui les séparent. En temps normal, le cerveau contrôle de façon stricte sa production et sa transmission de dopamine. Une anomalie dans l’équilibre du niveau de dopamine peut résulter en la maladie de Parkinson tandis qu’une surproduction peut être responsable des visions engendrées par la schizophrénie, par exemple. C’est pourquoi une diffusion normale de dopamine contribue à un niveau sain de sensations plaisantes et joyeuses. Ces sensations peuvent provenir de nombreux facteurs, tels que le sentiment amoureux, la dégustation d’une crème glacée, l’exercice d’un sport ou de la gratification reçue lors de l’accomplissement de tâches professionnelles, par exemple. Les recherches les plus récentes (Boutrel, 2008) démontrent cependant que la dopamine ne serait pas le « neurotransmetteur du plaisir » tel qu’il avait été qualifié auparavant, mais plutôt ce qui « conférerait une valeur particulière à une stimulation sensorielle, émotionnelle ou affective reconnue pour le bien-être de l’individu ou de l’animal. »

De leur côté, les substances addictives ont en commun qu’elles augmentent toutes la quantité de dopamine dans le cerveau, à leur manière. La cocaïne, par exemple, empêche la dopamine d’atteindre les récepteurs neuronaux en s’attachant aux transporteurs de dopamine, résultant en une accumulation de dopamine dans les synapses et en une stimulation continue des neurorécepteurs, créant une sensation d’euphorie chez celui qui la consomme. Les opioïdes, quant à eux, stimulent une surproduction de dopamine en empêchant les neurones responsables de régulariser la diffusion de celle-ci de faire leur travail de façon appropriée.

En ce qui a trait à l’alcool (éthanol), il y aurait deux phases qui surgissent lors de sa consommation. La phase d’euphorie, de désinhibition et d’excitation arrive en premier, suivie de la phase de sédation et d’endormissement. Ces phases sont l’aboutissement de processus neurochimiques qui altèrent les neurotransmetteurs comme la dopamine, les opioïdes endogènes, et la sérotonine. C’est l’activation du système opioïde endogène qui serait en mesure d’exercer une influence stimulatrice sur la libération de dopamine.

Bien que la relation entre la dopamine et l’abus de substances ait été soulignée pendant les dernières décennies, la dépendance aux substances ne saurait être expliquée par le seul rôle de cet unique neurotransmetteur. Effectivement, bien que la théorie du circuit de la récompense ait été privilégiée dans l’explication de l’addiction, ce phénomène ne saurait se limiter à ce seul modèle. L’addiction est un processus complexe impliquant des comportements qui varient d’un sujet à l’autre et un seul et unique neurotransmetteur, bien que central, ne saurait à lui seul expliquer son développement. D’autres facteurs physiologiques, tels que le système GABA (Nutt, Lingford-Hughes, et al 2015) peuvent aussi être à l’origine de la dépendance.

La dépendance psychique

1) L’addiction psychologique

Outre la dépendance physique à des substances, la dépendance psychologique joue un rôle énorme dans le cercle vicieux de l’addiction. Il a été révélé (Pervin, John, 2005) que les périodes de besoin et de manque chez le consommateur de substances sont associées à un sentiment d’être menacé et d’être incapable de s’adapter aux évènements. De même, un élément commun a été souligné dans le phénomène de la rechute, soit que ceux qui arrivent à demeurer abstinents ont un sentiment d’auto-efficacité plus fort alors que ceux qui rechutent se jugent, interprètent leur rechute comme un échec et l’opinion qu’ils ont d’eux-mêmes n’en est que détérioré, ce qui peut les pousser à consommer encore plus. C’est pourquoi il est fortement recommandé lors d’un traitement contre l’usage de substances de ne pas seulement s’en tenir à l’abstinence mais aussi de recevoir un suivi prolongé et soutenu afin de donner une nouvelle interprétation à de potentielles rechutes, pour qu’elles ne rabaissent pas le sentiment d’auto-efficacité.

2) Les facteurs sociaux et psychologiques de l’addiction

Les recherches s’intéressant aux comportements addictifs ont relevé les phases de consommation de substance suivantes : l’initiation, la maintenance, l’arrêt et la rechute (Ogden, 2011). L’initiation et la maintenance de ces comportements, outre les mécanismes neurochimiques mentionnés ci-haut auraient aussi pour origine des facteurs sociaux tels que le comportement des parents, les croyances des parents et la pression des pairs, ainsi que des facteurs psychologiques. L’hypothèse de la réduction de la tension (Cappel et Greeley, 1987) propose que « les individus peuvent développer un alcoolisme parce que l’alcool réduit la tension et l’anxiété. La tension crée un état élevé d’excitation et l’alcool réduit cet état, ce qui perpétue de nouveaux comportements alcooliques. » Or, il a été démontré par George et Marlatt (1983), que ce sont les effets attendus de la consommation d’alcool qui motivaient celle-ci plutôt que ses effets réels, mettant de l’avant le modèle d’apprentissage social du comportement d’addiction.

Parmi les traits de personnalité qui peuvent faire d’un individu une personne à risque, l’on note une faible estime de soi, l’autodépréciation, la timidité, les réactions émotionnelles excessives, la difficulté à faire face aux évènements et à établir des relations stables et satisfaisantes, les difficultés à résoudre des problèmes interpersonnels.

Il a été établi que le concept de l’addiction, qu’il concerne la dépendance à des substances ou bien un comportement addictif, répond aux six critères suivants : l’importance démesurée que prend l’activité ou la substance dans la vie d’un individu, l’euphorie obtenue par l’accès à l’activité ou à la substance, la tolérance de l’individu face à l’activité ou à la substance qui fait en sorte que celle-ci doit être pratiquée ou consommée en quantité de plus en plus grande afin de lui procurer la même euphorie, les symptômes physiques ou émotionnels de retrait provoqués par la cessation de la prise de la substance ou de la pratique de l’activité, le conflit avec soi-même ou avec les autres qui prend sa source dans la consommation de la substance ou la pratique de l’activité, et enfin, la rechute et la réinstauration avec la même vigueur de la consommation ou de la pratique suite aux essais d’arrêt (Rosenberg & Curtis Feder, 2014).

IV.LE TROUBLE D’UTILISATION DE SUBSTANCES ET LES MUSICIENS DE LA DEUXIÈME MOITIÉ DU XXe SIÈCLE À AUJOURD’HUI

A.
L’époque du be-bop

Lors des premiers pas de la musique jazz, dans les années vingt de la Nouvelle-Orléans, la substance la plus répandue parmi les musiciens étaient l’alcool. Puis, lorsque la musique jazz s’est déplacée vers le Nord dans les années 30, vers Kansas City, New York et Chicago, lors de la période de la prohibition, la marijuana est devenue la substance la plus utilisée par les musiciens de jazz et son usage s’est répandu lors de la Grande Dépression, quand les musiciens avaient énormément de difficultés à trouver du travail. Ce n’est qu’après la guerre, lorsque le jazz est devenu le « bop », et que l’héroïne s’est répandue à travers les États-Unis, que Vers la fin des années cinquante, le jazz battait son plein à travers le monde, les clubs étaient remplis à l’année longue et cette musique constituait non seulement un véhicule de créativité et la marque culturelle d’une époque mais également un emblème de la lutte contre le racisme aux États-Unis.

L’étude de 1959 de Charles Winick intitulée « The Use of Drugs by Jazz Musicians » fait état d’une association presqu’automatique entre le monde du jazz et l’usage de narcotiques. Parmi les raisons sociales invoquées par les musiciens interviewés lors de cette étude pour expliquer ce phénomène, on retrouve entre autres « le climat de drogue » régnant au sein du groupe de musique faisant de la consommation de substances une norme dans celui-ci, motivée par l’attitude du chef du bandpar rapport à la drogue. De même, il est mentionné que la facilité avec laquelle il était possible d’acheter et de consommer de la drogue à l’intérieur même des clubs de jazz faisait également partie des facteurs poussant les musiciens à consommer. Au niveau du mode de vie d’une partie de ces musiciens de jazz, l’usage de drogues était monnaie courante auprès de ceux qui étaient appelés à voyager la journée entière dans un autobus, à arriver au club où ils ne montaient sur scène qu’un seul soir, à être logés dans des conditions minables, avec un manque de temps de repos considérable et une vie passée sur les routes. Ces musiciens se devaient d’arriver sur scène après ces longues journées assis dans des autobus et d’afficher un sourire immense, une attitude d’entertainer et de jouer pendant plus de quatre heures de suite. La drogue leur donnait la sensation de les aider à accomplir leurs tâches.

Il est noté qu’une partie des sujets interrogés avaient commencer à consommer pour des raisons socio-économiques, lorsqu’ils avaient de la difficulté à trouver du travail et en souffraient.

Du côté des raisons psychologiques, des jeunes musiciens commençaient à prendre de la drogue par « identification » afin d’accélérer leurs progrès car certaines de leurs idoles, des musiciens de grande renommée et d’immense talent, étaient des consommateurs de drogues (et particulièrement d’héroïne) notoires. Et chez les musiciens plus âgés qui n’avaient pas connu le succès espéré, Winick relève qu’il y avait consommation de drogues pour parer à ce qu’ils considéraient comme l’échec de leur carrière.

Des légendes du jazz telles que Chet Baker, Miles Davis, Billie Holiday, Anita O’Day, Charlie Parker, John Coltrane ont fait face toute leur vie aux problèmes encourus par leur consommation de substances. Bien que leur consommation de substances ait participé au mythe de leur renommée, ces musiciens ont connu de graves problèmes relationnels et de santé tout au long de leur vie. De plus, nombreux sont les musiciens immensément talentueux dont la carrière a connu une fin abrupte à cause de leur trouble d’usage de substances.

B. Les sixties

Les années suivant l’avènement du jazz, la décennie 1960, ont vu le rock n’roll devenir extrêmement populaire. À l’aube du mouvement hippie, dans un contexte de désir d’expérimentation et de liberté des baby-boomers, la consommation de drogues est devenue l’emblème de toute une génération, peu importe le contexte socio-économique dont ses individus étaient issus. La consommation de drogues faisait alors partie de la protestation sociale générale qui sévissait au même moment que la guerre du Viet-Nam.

Influencés par les poètes et les écrivains de la beat generation, les musiciens folks n’hésitaient pas à faire état de leur consommation de drogues et d’alcool. La chanteuse et artiste visuelle Patti Smith a d’ailleurs déclaré la chose suivante à l’égard de cette période où elle-même et ses pairs consommaient de façon démesurée : « nous étions comme des enfants qui traversaient un champ de mine en courant. » (Blaise, 2012). Aujourd’hui, les rescapés de cette époque s’entendent tous pour dire, à travers leurs biographies et les entrevues qu’ils ont accordé depuis, ils sont des miraculés, des survivants, puisque tant d’entre eux y ont laissé leur peau.

À la fin des années 1960, Jim Morrisson des Doors incarne un nouveau genre de « poète maudit », d’artiste incompris et révolutionnaire qui, par son mode de vie et sa consommation de drogue fait une pied-de-nez à la génération de ses parents, leur mode de vie et toute forme d’autorité. Traduisant sur scène et à travers leur musique l’expérience qu’ils vivaient lorsqu’ils étaient sous influence de la drogue, les Doors offraient des concerts ressemblant presqu’à des cérémonies chamaniques, psychédéliques, chaotiques et remplis de références à l’émancipation sexuelle. C’était la période où le LSD donnait l’impression d’ouvrir des portes donnant accès à un monde auparavant inexploré et les Doors et leurs pairs reproduisaient cette expérience sur scène en communiant dans toute leur rébellion et leur musique nouveau-genre avec le public qui les suivaient autant dans la mode de ce courant que de la consommation de drogues qui y était associé.

Jim Morrisson est décédé des suites de sa consommation de drogue à l’âge de vingt-sept ans, tout comme sa consoeur Janis Joplin et son confrère Jimi Hendrix, inaugurant bien malgré eux et sans le savoir le fameux « club des 27 » qu’ont rejoint bien des années plus tard Kurt Cobain et Amy Winehouse.

Les rockers américains comme les Rolling Stones, et plus particulièrement Keith Richards qui figurait en 1973 dans le magazine « New Musical Express » sur une liste des « dix vedettes rocks qui risquaient de mourir sous peu des suites de leur usage de substances. » (Blaise, 2012)

Il est intéressant de noter qu’aujourd’hui, les artistes-vedettes de l’âge d’or du rock qui ont survécu à cette période et aux abus dont ils ont fait preuve, se sont en grand nombre racontés dans des biographies. De Life de Keith Richards à Just Kids de Patti Smith, ces témoignages s’entendent tous pour dire qu’ils sont des rescapés et qu’à un moment donné de leur vie, lorsqu’il était clair que s’ils continuaient à vivre dans l’excès ils ne survivraient pas, ils ont dû complètement changer leurs habitudes.

Il y a une certaine image de rédemption, de réhabilitation qui a été véhiculée dans ces témoignages, et qui a grandement participé à l’évolution de l’image de ces artistes à travers le temps. Perçus dans leur jeunesse comme des « poètes maudits », comme des avant-gardistes, et adulés par leurs fans qui les imitaient, ils sont devenus par la suite des survivants, des exemples de réhabilitation, respectés aujourd’hui par leurs fans pour cette nouvelle voie qu’ils ont choisi. En choisissant de partager leur histoire, ces artistes rétablis sont parvenus à entretenir une empathie, une bienveillance de la part de leur public, qui les a aimés tout autant pour leur image de « bohémien rebelle et incompris » qu’ils véhiculaient dans les années 1960-1970 que pour leur image de survivant aujourd’hui.

C.
Le punk et le grunge

La fin des années 1970 et les années 1980 ont continué à voir les courants musicaux être associés à la culture des jeunes qui les suivaient, et à la consommation de drogue. En Angleterre, le punk est né auprès de jeunes à la recherche d’une identité qui leur était propre, en contradiction avec les valeurs de leurs parents et de la société. La drogue et l’alcool y ont été inévitablement associés, Fox a observé une interrelation entre ces substances et la recherche d’identité des jeunes qui s’engagent dans un comportement « déviant » et qui nourrissent leur style de vie de celui de leurs pairs (Fox, 1987).

On retrouve le même phénomène dix ans plus tard dans le courant de musique grunge, dont l’emblème musicale était Nirvana et plus particulièrement son chanteur Kurt Cobain. Héroïne, alcool, cocaïne, marijuana, se retrouvaient au cœur de la musique et de la mode grunge.

D. Le Hip-hop

Parallèlement aux courants rock, punk et grunge s’est développé aux États-Unis puis ailleurs partout dans le monde la culture Hip-Hop, elle aussi étroitement reliée à la consommation de drogues. Née de la réalité socio-économique difficile de toute une génération de jeunes afro-américains à la fin des années 1970, la musique rap est devenu un véhicule de dénonciation sociale et de combat contre le racisme. Nombreux sont les rappeurs qui racontent dans leurs chansons leur jeunesse dans les logements sociaux et la vente de drogues qu’ils effectuaient pour gagner leur vie. Le groupe de rap NWA, à la fin des années 1980 a été un symbole de dénonciation des conditions de vie des jeunes de Compton. Un de ses membres, Eazy-E, est décédé du Sida quelques années plus tard suite à des années de consommation de drogues et de pratiques sexuelles non-protégées.

Les paroles de nombreuses chansons rap font souvent état d’une violence extrême à laquelle ont été exposés leurs auteurs, et d’une consommation de drogues à outrance. Or, il a été montré par Dickens et Lonie (2012) que pour les jeunes vivant en marge de la société, l’expression de leur réalité à travers le rap leur donnent une chance d’être entendus là où on ne leur laisse pas de place dans le débat public, et qu’ils s’en servent pour véhiculer leur expérience de la pauvreté, des familles brisées, de leur exclusion du système d’éducation, ou de leurs relations avec les services sociaux, la police ou le système judiciaire.

Les artistes vedettes du rap tels qu’Eminem, Snoop Doggy Dogg, Dr Dre, Jay-Z, Tupac Shakur, Notorious B.I.G., n’ont jamais hésité à faire part de leur expérience d’utilisation de droges et d’abus d’alcool dans leurs chansons, largement diffusées auprès des jeunes de la planète entière. Les tendances de contenu dans la musique populaire se reflèteront inévitablement dans les modes que les jeunes suivent. Par exemple, l’exposition à la musique populaire a été reliée à la consommation de drogues et d’alcool chez les jeunes (Chen et al, 2006), surtout lorsque celle-ci est associée avec une image forte que les jeunes cherchent à émuler (Bonneville-Roussy et al, 2013; Primack et al, 2011; Renfrow & Gosling, 2003).

Encore une fois, la drogue et ses conséquences ont fait bien des ravages au sein de la communauté hip-hop, lorsque l’on pense à la violence extrême qui en fait partie (meurtres de Tupac, de Notorious B.I.G.), emprisonnements (D’Angelo, Mystical), dettes (50 Cent) mais ces dommages ne sauraient être dissociés de la réalité du milieu socio-économique d’où provient le courant hip-hop.

V.L’ALCOOL, LA DROGUE ET LA CRÉATIVITÉ

Après avoir constaté à quel point la drogue et l’alcool a fait partie du milieu du jazz, surtout à son apogée, dans les années 40, 50 et 60, les chercheurs se sont intéressés à savoir si la consommation de ces substances a eu un rôle à jouer dans la créativité musicale des musiciens les plus renommés de ces décennies. Il y a certainement un élément de romantisme qui a contribué à faire de cette proposition une impression largement populaire. Le chercheur Rauch a d’ailleurs énoncé que de repousser les limites de ce qui avait déjà été fait en musique, en accédant à la nouveauté en matière de création pouvait causer chez certains individus le besoin de consommer des substances altérant l’état d’esprit (mind-altering substances) pour avoir l’impression de se soulager du stress causé par l’activité cérébrale créatrice (Tolson & Cuyjet, 2007)

Selon Miles Davis, l’héroïne était perçue à l’époque du be-bop comme un des grands symboles de ce qui était cool.La musique be-bop demandait d’être jouée très rapidement et l’héroïne ralentissait tout ce que les musiciens entendaient, leur donnant l’impression d’avoir plus de latitude pour improviser. Les effets de l’héroïne sur le musicien qui jouait lui offraient l’illusion d’entendre toutes les notes d’une meilleure façon (Tolsen & Cuyjet, 2007).

Ce mythe a été renforcé par des artistes tels que Charlie Parker qui pouvaient boire, fumer et consommer de la drogue à outrance avant de monter sur scène et donner les meilleures prestations instrumentales possibles. À quel prix cependant? Au prix de nombreux problèmes de santé physique, de dette, de divorces et de ruptures, de tentatives de suicide et d’internement. Parker a lui-même dit la chose suivante : « Tout musicien qui se déclare meilleur après avoir consommé de la marijuana, de l’héroïne ou une forte dose d’alcool est un grand menteur. »

En effet, d’autres grands musiciens de cette époque qui se sont tenus à l’écart de l’utilisation de drogues ou de l’abus d’alcool ont eu des carrières florissantes et ont créé des musiques qui aujourd’hui sont considérées comme des éléments pivots du jazz. Parmi ceux-ci, Dizzie Gillespie et Clifford Brown ont évité la consommation de drogues et l’abus d’alcool toute leur vie, malgré l’exposition continue de premier plan qu’ils ont eu à ces substances. Lorsque les jazzmen Art Blakey et J.J. Johnson ont cessé de faire usage de drogues et d’alcool, leurs carrières respectives ne s’en sont que mieux portées.

En 1991, Kerr, Shafer, Chambers et Hallowell ont effectué une étude portant sur le lien entre la consommation de substance chez les artistes et ont interrogés des sujets pratiquant trois types de métiers artistiques différents, soit des écrivains, des artistes visuels et des musiciens. La conclusion de leurs travaux a révélé qu’il n’y avait à peu près pas de corrélation statistique entre la consommation de substances et la créativité. Cependant, il a été démontré que si un individu percevait ou croyait qu’il existait une relation positive entre la consommation de substance et la créativité, il serait plus sujet à en prendre ou à en faire l’abus.

Il a bel et bien été avancé par de nombreuses études, dont celle menée par Rauch en 2000, qu’il y existe un lien entre psychopathologie et créativité (le syndrome du poète) et que les artistes sont plus sujets aux troubles psychiques et l’hypersensibilité, ce n’est pas l’usage de la drogue qui augmente la créativité. L’usage de la drogue ou l’abus d’alcool serait plutôt une façon qu’ont certains de ces artistes sujets aux troubles psychiques de s’auto-médicamenter. En effet, lors d’une étude réalisée en 1987, Andreasen a recensé quatre fois plus de troubles psychiques et de troubles d’usage de substances parmi le groupe de sujets dits « créatifs » que dans le groupe contrôle. Cela pourrait mener à penser que la consommation de drogues fait partie des facteurs menant à une plus grande créativité, mais tel que vu ci-haut, ce n’en est pas le cas.

De même, Wills a conclu que la psychopathologie n’est ni nécessaire ni suffisante au processus de créativité (Wills, 2003). Donc, même si les personnes créatives sont plus à risque d’être sujet à la psychopathologie ou à la consommation d’alcool ou de drogues pour parer à celle-ci, cela ne veut pas dire que la psychopathologie est un pré-requis à la créativité.

VI. CONCLUSION

La consommation de drogues et l’abus d’alcool a donc été étroitement liée au milieu de la musique populaire (qu’il s’agisse de jazz, de rock, de punk, de grunge ou de hip-hop) depuis son avènement dès la première moitié du XXe siècle. Les résultats d’une recherche de Bellis, Hennell et al (2007) ont démontré qu’entre leur deuxième et leur vingt-cinquième année de succès populaire, une population formée de stars de la musique en Amérique du Nord ou en Europe ont un risque de mortalité de deux à trois fois plus élevée qu’une population similaire en âge, en sexe, et en origine ethnique. Un taux disproportionné de cette mortalité serait associé à l’usage de drogues et d’alcool.

Il a été vu ci-haut que le trouble d’usage de substances est une maladie complexe qui a pour origine des facteurs bio-génétiques, socio-économiques et psychologiques et que l’addiction est un cercle vicieux dont il n’ait pas aisé de se défaire. La drogue et l’alcool ont fait bien des ravages dans le milieu de la musique et il a été prouvé que ces substances ne sont pas en elle-même des sources de créativité, comme il a longtemps été perçu.

Les musiciens constituent et ont constitué longtemps une population à risque pour plusieurs raisons dont l’exposition et la facilité d’accès à la drogue, une propension à l’hypersensibilité ou à la maladie mentale qui peut pousser vers une volonté d’auto-médication, les origines socio-économiques. C’est pourquoi il est important de sensibiliser cette population d’artistes à cette réalité et surtout, de leur offrir un système de soutien qui peut les aider à passer à travers des périodes plus difficiles. Au Canada, des associations comme l’Union des Artistes ou le fond Unison offrent des ressources pour les musiciens professionnels qui traversent des périodes de crise, de maladie, d’instabilité financière ou qui ont besoin de consulter un spécialiste en toute confidentialité. Malheureusement, ces services ne sont guère connus ou utilisés par tous ceux qui en auraient besoin et souvent, c’est par manque d’information ou tout simplement parce que l’usage de drogues et d’alcool est parfois associée au déni, à la honte ou à la difficulté de s’ouvrir à ce sujet sans crainte d’être jugé. C’est pourquoi en partie le témoignage d’autrui, de musiciens qui ont traversé de telles crises, peut être utile à la prévention et au traitement du trouble d’utilisation de substances.

En effet, le sevrage « protecteur et libérateur, le sevrage comme conversion spirituelle, comme renouveau créatif, telles sont les représentations souvent associées à l’arrêt de la dépendance, véhiculées par les musiciens dans les médias » font en sorte que le vent commence à tourner (Blaise, 2012). Les notions de réhabilitation, la perception de plus en plus consensuelle par la population que la consommation de drogues et d’alcool est bel et bien une maladie plutôt qu’une faiblesse, l’importance du témoignage des stars auprès des jeunes, l’association de cette rémission avec un renouveau créatif sont des éléments qui aident à dissocier l’image longtemps entretenue de la drogue et de l’alcool comme des moteurs pour la créativité. Comme le dit Mario Blaise (2012) dans son article intitulé « De la bohème à l’artiste survivant, évolution de la figure du musicien drogué », « avec cette figure de l’artiste survivant, c’est moins la consommation de drogue qui peut être le vecteur créatif que le fait d’en avoir décroché et l’envie d’en témoigner. L’attrait de la cure de sevrage se trouve du même coup renforcé comme renouveau personnel et créatif, mais aussi comme moyen d’expression et de prise en charge de problèmes de toutes sortes. »

Le culte de la santé et de l’équilibre a ainsi commencé il y a une dizaine d’années à prendre sa place au sein de la culture populaire, encouragé par les réseaux sociaux ou bien des vedettes prennent la pose en posture de yoga ou avec des jus verts maison, ou postent des photos de leurs familles. L’on peut espérer que peu à peu celui-ci se faufilera à l’intérieur du milieu musicale pour en remplacer le culte de la consommation de drogues et d’alcool dont il a souvent été fait état dans la musique populaire et que la réalité de la vie de tournée et du stress qu’ont à traverser les musiciens saura être comprise et structurée afin de les aider à garder la tête hors de l’eau lorsque les facteurs de risques se multiplient.

J’ose terminer en m’interrogeant sur ce qui en est des autres milieux professionnels et de la consommation de drogues et d’alcool. Nous nous sommes ici penchés sur la vie des musiciens, or il a été démontré que les médecins sont également une population à risque, par exemple. Il serait intéressant de pouvoir comparer les taux de troubles d’usage de substances chez les musiciens avec ceux d’autres environnements de travail.

VII. RÉFÉRENCES

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5. Blaise, M. (2012). “Ils ont voulu m’envoyer en cure.” De la bohème à l’artiste survivant, évolution de la figure du musicien drogué. Drogues et création littéraire et artistique, 11(1)
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