Tallinn, mon amour

dimanche 9 juillet 2017

En cette période estivale où bien des travailleurs profitent de quelques semaines de relâche, la chanteuse Florence K nous livre ses impressions à la suite d’un récent voyage qui l’a mené en Russie et en Estonie. Aujourd’hui : Tallinn, capitale de l’Estonie.

Je me souviens encore de l’annonce de la chute de l’Empire soviétique, le jour de Noël 1991. J’avais alors 9 ans et même si je ne saisissais pas entièrement toute l’ampleur de cette nouvelle et de l’impact qu’elle aurait sur le monde, je réalisais que quelque chose d’immense venait de se passer.

Nous l’avons constaté à plusieurs reprises, le communisme n’a jamais pu être appliqué de façon concrète dans quelque pays que ce soit, sans que celui-ci se transforme en régime totalitaire.

Soit dit en passant, c’est tout de même contradictoire de constater qu’une telle idée, fondée sur l’utopie d’un monde meilleur où l’esprit social et communautaire primerait sur l’enrichissement personnel, n’a jamais réussi à être appliquée sans une centralisation démesurée du pouvoir, sans répression, sans réplique meurtrière à toute tentative d’opposition ou à toute opinion contraire.

Et ce qui m’a fascinée lorsque j’ai mis les pieds pour la première fois à Tallinn, en Estonie, juste à côté de la Russie, c’est à quel point ce petit pays, membre du trio des pays baltes aux côtés de la Lettonie et de la Lituanie, a su passer rapidement à autre chose. Pour ce pays de 1,4 million d’habitants, 1991 a marqué un retour à une indépendance qu’il n’avait jamais connue bien longtemps auparavant. En effet, au fil des siècles, l’Estonie a été occupée par la Suède, la Russie, l’Allemagne, puis a fait partie de l’URSS, avant de finalement pouvoir devenir maîtresse de son propre destin.

Et il faut dire qu’elle a bien fait les choses.

De ce que j’ai pu voir de ce pays, de la façon dont Tallinn s’est développé après 1991, avec son architecture moderne se mariant avec goût à sa vieille ville médiévale, avec son offre culturelle et la promotion de la culture estonienne par son cinéma, son théâtre, sa musique, avec ses restaurants extraordinaires, avec le calme et la propreté qui règnent dans ses rues, avec ses musées et ses églises si bien restaurées, l’Estonie n’a rien à envier aux autres pays qui bordent la Baltique.

D’ailleurs, elle se tourne de plus en plus vers ceux-ci pour son développement économique et ses alliances tout en continuant à célébrer avec fierté sa propre langue (dont je ne comprends rien du tout tant elle est différente des autres langues européennes avec lesquelles je suis plus habituée) et sa propre identité.

Son identité ne peut non plus se dissocier de l’apport culturel de son grand voisin, car y vivent encore aujourd’hui une grande proportion de Russes de deuxième et troisième génération, descendants de l’époque de l’URSS. L’Estonie ne renie pas l’apport de cette culture qui s’est greffée à la sienne au fil des années et tous semblent à première vue faire aujourd’hui très bon ménage ensemble.

Tallinn m’a impressionnée par le sentiment de paix qu’il dégage. Marcher dans les rues de sa vieille ville est apaisant. Tout y est beau à regarder, comme dans toutes ces villes médiévales d’Europe, où l’on se surprend à imaginer la manière dont les gens pouvaient vivre à l’époque, le marché sur la grande-place, la royauté devant son palais… Sauf que comme les touristes n’affluent pas de la même manière qu’à Sienne ou qu’à Bruges, il est beaucoup plus aisé de prendre son temps pour tout observer, pour tout absorber, sans être bousculé sans arrêt.

Car pour l’instant, les touristes proviennent majoritairement des bateaux qui offrent des croisières sur la mer Baltique et dont Tallinn n’est qu’une halte d’une journée parmi d’autres (Stockholm, Helsinki, Saint-Pétersbourg). Mais les lieux que l’on peut y voir sont fort impressionnants.

J’ai pu, entre autres choses, y visiter la toute première pharmacie d’Europe qui date, estime-t-on approximativement, de l’an 1422. Elle est toujours fonctionnelle et j’ai pu y acheter une crème antibiotique ! J’ai aussi gravi les nombreuses marches en pierre menant au clocher haut de 124 mètres de l’église Saint-Olaf, dont la première mention dans les écrits remonte à 1267. La vue y était évidemment spectaculaire, avec une fenêtre donnant sur la mer et son port, et l’autre sur le reste de la ville.

Du côté de ce qui y est plus récent, la ville a aussi beaucoup à offrir, surtout lorsque l’on sait ce par quoi elle est passée au fil du temps.

J’ai vu ce gigantesque amphithéâtre du Tallinn Song Festival Grounds (Lauluväljak) au cœur duquel se déroule tous les cinq ans le plus impressionnant marathon de chorales au monde, avec plus de 30 000 participants chantant pour un auditoire de plus de 80 000 personnes.

C’est au Lauluväljak qu’a eu lieu la Révolution chantante, lorsque 300 000 personnes se sont rassemblées pour chanter en chœur des hymnes patriotiques de leur pays qui étaient interdits par l’Union soviétique. Cette Révolution chantante, pacifique, qui avait commencé l’année précédente et qui s’est poursuivie jusqu’en 1991, a eu un grand rôle à jouer dans ce qui a mené à l’indépendance de l’Estonie, le 20 août de cette même année.

Devant cet endroit si vaste, si grand, et portant les traces d’une histoire si forte, j’ai été fortement émue. Encore une fois, émue par la force tranquille de la musique et le pouvoir de la voix humaine, lorsqu’elle se joint à des milliers d’autres voix comme la sienne.

Les yeux encore pleins de cette image, j’ai eu l’occasion de satisfaire mes oreilles en assistant à un concert de jazz vocal en estonien dans un petit bar fort sympathique. Même si je ne comprenais ab-so-lu-ment rien de ce que la jeune chanteuse nous exprimait, j’ai été emportée par l’émotion qu’elle laissait transparaître dans ses mots, dans ses intonations, dans ces sonorités auxquelles je n’étais pas du tout habituée.

Cette musique m’a rappelé à quel point la langue dans laquelle on chante une mélodie devient partie intégrante de celle-ci et devient elle-même aussi le cœur de la musique.

Cette musique qui, note par note, mesure après mesure, réussit à accomplir de bien grandes choses, lorsque l’on y pense, même des révolutions.

Je ne suis pas restée longtemps à Tallinn, trois petites journées, car je m’y trouvais dans un cadre professionnel. J’aurais aimé prendre le temps de visiter ces petits villages du pays, marcher dans la campagne estonienne que nous avons par la suite traversée dans le train en nous rendant à Saint-Pétersbourg.

Le peu de temps que j’y ai passé m’a mis l’eau à la bouche et je souhaite de tout cœur avoir l’occasion d’y retourner et de prendre le temps de l’explorer et de m’y attarder plus longtemps.

Car l’Estonie sait aussi nous montrer comment il est possible de se relever d’un passé difficile, de se retrousser les manches et d’avancer vers et pour le mieux.

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