UN PEU DE MAGIE

samedi 21 janvier 2017

En vacances à Cuba, ma fille s’est fait faire des tresses tout le tour de sa tête par une charmante jeune femme de mon âge, Leydis, psychologue de formation. Elle m’a expliqué qu’elle gagnait mieux sa vie en travaillant en tant qu’animatrice pour enfants dans les kids clubs des resortsqu’en pratiquant sa profession, mais qu’elle avait tout de même besoin d’arrondir ses fins de mois en tressant secrètement les cheveux des touristes et de leurs enfants. Elle m’a demandé de garder le silence avec les autres employés de l’hôtel au sujet de son à-côté de coiffeuse. Et comme si elle sentait le besoin de se justifier de prendre ces petits contrats, elle m’a dit, avec un sourire magnifique : « Sometimes you need a bit of magic. » (Parfois, il faut un petit peu de magie).

Cette phrase a continué à résonner en moi toute la journée.

J’ai réalisé que dans la dernière année, j’avais cherché à mettre de côté certaines parties plus artistiques, plus fantaisistes, mais aussi peut-être plus émotives et expressives de ma personne, essayant de faire de moi-même quelqu’un de plus rationnel, de moins rêveuse peut-être aussi, de miser sur le concret et la logique empirique plutôt que de me laisser trop emporter par mon imagination.

J’avais commencé ce travail sur moi-même suite à une allergie développée envers la très populaire « pensée magique », celle qui, encouragée par tous les livres de psychopop qui pullulent sur le marché, peut mener l’être humain à établir lui-même des connexions entre certains évènements de sa vie et à les expliquer avec la notion galvaudée du « tout est relié ». Une allergie aux hashtags du genre #mercil’univers #gratitude #namaste #livingthelife.

Car jamais la psychologie n’a été aussi développée au niveau scientifique, grâce entre autres à la technologie qui permet de mieux comprendre le fonctionnement du cerveau. Ces nouveaux outils permettent à de nombreuses études poussées de se pencher sur le raisonnement et le comportement humain dans toutes sortes de situations. Alors je trouve dangereux de chercher trop de réponses dans l’intangible lorsque de plus en plus de réponses se trouvent dans la science.

Cette « pensée magique » ne serait-elle pas en fait un mécanisme d’adaptation intervenant lorsque la réalité qui se présente est trop difficile à surmonter, à avaler, à comprendre, à traverser ?

Donc, depuis un certain temps, je préférais m’en remettre à chercher la vérité à travers le concret, le scientifique, le rationnel et la logique, dénigrant peut-être certains aspects plus artistiques de ma nature profonde.

Mais toute la journée, les mots de Leydis continuaient de se faire entendre en moi. Sometimes you need a little bit of magic.

Je suis réaliste, j’aime beaucoup le concret. Il y a un apaisement profond à connaître la vérité scientifique, la seule vérité absolue digne de ce nom, et à ne pas remettre son destin dans les mains de forces autres que celles que nous pouvons contrôler.

Or, je me suis rappelé, aidée en cela par les mots de Leydis, qu’il est aussi important de cultiver en soi un peu de magie, peu importe la forme qu’elle prend. De prendre soin de son âme. Qu’on la nourrisse, qu’on prenne du temps pour elle. Nous sommes un amas de cellules, mais nous sommes aussi beaucoup plus que ça. Nous sommes à la fois tout et rien du tout. Des poussières et des étoiles.

Et puis, j’aime la magie aussi…:) J’aime la magie qui se trouve dans l’art, dans la musique, dans la beauté, dans les relations humaines, dans des moments parfaits, cette chimie qui fait en sorte qu’on se sent bien, qu’on vit quelque chose de plus que normal, que des cordes en nous vibrent….

Je suis une artiste, j’ai besoin d’un peu de magie dans ma vie ! Non. Je devrais dire : je suis humaine. J’ai besoin d’un peu de magie dans ma vie !

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